Les médias à l’épreuve des élections présidentielles

capture vidéo faite le 05 mai 2002 du résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Jacques Chirac est réélu président de la république avec un score allant de 81.7% à 82.1% des suffrages (estimations des instituts des sondages). AFP PHOTO

“[…] Un second phénomène sur lequel l’aveuglement de la sphère politico-médiatique française semble étonnant, est le problème posé par l’impéritie des sondages en France dans la prédiction des résultats électoraux.

Gérard Le Gall et Stéphane Wahnich (directeur général de SCP : cabinet de sondages et d’études) s’accordent pour dire que la correction qui permettrait de les faire correspondre aux résultats est devenue bien trop complexe pour être fiable.

On assiste de ce fait à une transformation de leur utilisation qui en fait de nouveaux artéfacts dangereux produisant un effet opacifiant et manipulateur, même Stéphane Wahnich, Gérard Le Gall, Philippe Maarek.

Guillaume Sainteny (haut fonctionnaire français) et Anne Granger (romancière britannique), enfin, s’accordent sur les difficultés suscitées par le cadre légal de la communication politique, sur l’expression politique, notamment des petits candidats, mais pas seulement”.

 

   La campagne de 2002 :

“Quant à l’analyse du déroulement de la campagne de 2002 en soi, Elodie Raulet, et Jean-Pierre Esquenazi mettent bien en évidence que Lionel Jospin avait une posture incohérente, qui ne pouvait qu’être perçue comme telle par l’électorat, et ce dès sa déclaration de candidature, jusqu’aux plateaux télévisés, ajoute Audrey Crespo-Mara.

Gérard Le Gall (délégué national) avoue avoir été parfois étonné par le relatif “autisme” du candidat sur certains points, pourrait-on écrire à sa place, autisme dont Philippe Maarek avance, qu’il s’est peut-être mis en place du fait d’une excessive confiance en la professionnalisation de sa communication politique et en sa compétence professionnelle elle-même, sans aucun doute, par rapport à son adversaire désigné.

Enfin, pour prendre le cas de la percée la plus notable dans cette campagne, au fond, celle d’Olivier Besancenot, le professionnalisme très étudié de son positionnement faussement décalé, qui lui a permis de reprendre si facilement du terrain sur la candidate “habituelle” de l’extrême gauche, Arlette Laguiller, est mis en évidence par Jean-Pierre Esquenazi et Philippe Maarek.

 

 “Les résultats du 21 avril 2002 au soir n’ont pas stupéfait que les Français.

Le retentissement en a été énorme à l’étranger. Les trois regards que portent sur eux les médias espagnols, italiens, et québécois ont été respectivement analysés par Teresa Sadaba, Martina Villa, et Gilles Gauthier, et montrent tous que la couverture de ce qui apparaissait de prime abord comme une campagne de routine, s’est étendue exponentiellement à partir du soir du premier jour, avec force envoyés spéciaux supplémentaires et décuplement ou plus d’espace consacré à la situation politique en France.

Le regard plus distancié géographiquement, et sans “passé politique” des journalistes du Québec leur a permis de s’abonner à des commentaires explicatifs ou argumentés plus qu’à l’ordinaire, alors que la concurrence du style anglo-saxon de journalisme, à laquelle ils sont confrontés les amène d’ordinaire vers un “reporting” à la ligne directrice uniquement informative, ce qui a été un changement notable.

Les analyses de Marina Villa et Teresa Sadaba se rejoignent pour montrer la grande inquiétude sous-jacente des médias transalpins ou transpyrénéens devant la percée de l’extrême droite.

La comparaison avec leur pays est immédiatement faite, avec souvent une dramatisation explicite, mais aussi, avec une même évolution vers le soulagement dans des commentaires, qui dans un cas comme dans l’autre, soulignent que le retour de l’extrême gauche dans ces pays “comme en France” ne peut plus se produire : soit parce que les citoyens ont trop longtemps souffert du franquisme pour qu’il y ait un grand risque (Espagne) ; soit parce que le populisme de droite d’un Silvio Berlusconi, pourtant tant décrié par les médias français, justement, “protège”, en quelque sorte, d’un vrai retour du fascisme en Italie” extrait de l’article “les médias font-il l’élection ?”, d’Audrey Crespo-Mara, journaliste-présentatrice française.